Une transcendance de la réalité

L'exigence, un maître-mot pour Gilou, peintre du trompe-l'œil dont l'œuvre silencieuse, à la vie secrète et si présente, révèle l'amour profond pour un art intègre autant qu'une esthétique raffinée sans préciosité.

Il peut paraître surprenant, d'aucuns diront réconfortant, qu'en cette fin de XXe siècle chaotique où la facilité a tendance à dominer, des artistes se passionnent pour cet art de la réalité, difficile, qui requiert temps, patience, maîtrise. Mais il est vrai que le retour à des valeurs nourries de l'humain se produit précisément lors de périodes incertaines.

Ouvert à la lumière sur un merveilleux jardin au cœur du 6e arrondissement, l'atelier de Gilou est un lieu que l'art n'a cessé d'habiter. Gérôme y travailla au XIXe siècle et Gertrude Stein reçut, dans l'atelier voisin, tout ce que le Paris des années 20 comptait d'artistes et d'amateurs d'art.

Une atmosphère de travail, de création règne ici et les nombreux objets voisinant au hasard évoquent d'emblée les tableaux du peintre posés ici et là. Il y a une véritable délectation à contempler cette œuvre dans laquelle les objets familiers assemblés deviennent objet pictural, et au-delà de cette sensation première se ressent l'émotion issue de cette sublimation.

La perfection n'exclut jamais le sentiment car il ne s'agit pas seulement d'une promenade visuelle mais d'une incursion dans la substance même des choses, dans leur mystère. Voici des œufs, des caisses, des chaussures, des fruits, du papier froissé, autant d'éléments délibérément choisis que l'artiste dispose selon son goût, ses nécessités plastiques et transpose en une réalité poétique, refusant le pittoresque.

En une sobre mise en scène et une rigueur de l'ordonnancement venue en partie du cubisme ainsi que l'affirme Gilou, il organise des noces splendides avec la matérialité des choses rendue par un graphisme ciselé, une matière à la douceur soyeuse, à l'harmonie colorée volontairement limitée, rendue encore par les variations intenses et subtiles de la lumière qui créent l'espace, les transparences, les contrastes de valeurs enfin.

Il faut un amour de l'art pour l'art lié à une infinie patience, six mois sont parfois nécessaires à la réalisation d'une toile, et une totale maîtrise du métier pour réaliser ces œuvres révélatrices de la saveur tactile des objets jointe à la permanente suggestion de la présence humaine. On aime aussi la délicate musicalité émanant de ces compositions.

Peintre contemporain par excellence malgré qu'il n'ait jamais emprunté les voies de la mode, Gilou est un maillon de cette chaîne d'artistes ininterrompue depuis la nuit des temps. Et si ses maîtres ont pour nom Vermeer, La Tour ou Caravage, il a également puisé à la source de l'art de notre siècle conservant précieusement, avec énergie, son intégrité à l'exemple de Cadiou, son père, à qui l'on doit le renouveau du trompe-l'œil dans les années 60.

Nicole LAMOTHE